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Novel Food : l'EFSA fixe une dose sûre de CBD à 2 mg par jour

il y a 1 jour
4 min de lecture
Gélules et compléments alimentaires de CBD sur une table, illustrant le statut Novel Food européen

Le débat sur le statut alimentaire du CBD a connu un tournant scientifique au début de l'année 2026. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié une mise à jour très attendue de son évaluation du cannabidiol, en fixant pour la première fois une dose journalière considérée comme sûre. Le chiffre retenu, proche de deux milligrammes par jour pour un adulte, a surpris par sa faiblesse et fait réagir toute la filière. Cet article revient sur la teneur exacte de cet avis, sur les raisons de ce seuil très prudent et sur ce qu'il change concrètement pour les producteurs et les boutiques en France.

Ce que l'EFSA a réellement annoncé

Le 9 février 2026, le groupe scientifique de l'EFSA chargé de la nutrition et des nouveaux aliments a rendu une mise à jour de son avis sur la sécurité du cannabidiol. Pour la première fois, l'agence propose un niveau d'apport journalier jugé sûr : 0,0275 milligramme par kilo de poids corporel et par jour, soit environ deux milligrammes par jour pour un adulte de soixante-dix kilos. Ce seuil ne concerne qu'un cadre très précis. Il s'applique aux compléments alimentaires contenant du CBD purifié à au moins 98 %, exempt de nanoparticules et obtenu par des procédés de fabrication considérés comme sûrs. Surtout, il vise uniquement les adultes en bonne santé de vingt-cinq ans et plus. Les personnes de moins de vingt-cinq ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes sous traitement médical ne sont pas couvertes par cette recommandation, faute de données suffisantes sur ces populations. L'avis vise par ailleurs spécifiquement les compléments alimentaires, et non l'ensemble des usages possibles du cannabidiol, ce qui en circonscrit d'emblée la portée.

Pourquoi un seuil aussi prudent

La faiblesse du chiffre s'explique par la méthode retenue. Faute de données humaines complètes, les experts ont appliqué un facteur d'incertitude de 400 aux résultats disponibles pour aboutir à cette dose. L'agence rappelle que plusieurs effets restent mal documentés, notamment sur le foie, la fonction thyroïdienne, le système reproducteur et la somnolence observée à des doses plus élevées. C'est pourquoi ce niveau est qualifié de provisoire : il pourra évoluer à mesure que de nouvelles études seront transmises. Le contraste avec la réalité du marché est frappant. Beaucoup de produits ingérables affichent des concentrations bien supérieures, au point qu'une seule goutte d'une huile courante peut déjà dépasser ce seuil quotidien. Ce décalage illustre l'ampleur du travail scientifique qui reste à mener avant qu'un cadre stable ne se dessine.

Un avis scientifique qui ne vaut pas autorisation

Il est essentiel de ne pas confondre cet avis avec un feu vert commercial. L'évaluation de l'EFSA est une étape scientifique dans la procédure européenne, mais elle ne constitue pas une autorisation de mise sur le marché. À ce jour, le CBD ne figure toujours pas sur la liste des nouveaux aliments autorisés dans l'Union européenne, ce qui signifie qu'il ne peut pas être vendu librement en tant qu'aliment ou complément alimentaire au niveau européen. La procédure reste engorgée : plus de deux cents demandes d'autorisation portant sur le CBD ont été déposées auprès de la Commission européenne, dont une petite partie seulement, environ dix-sept dossiers, se trouvait en cours d'évaluation par l'EFSA. La dose sûre publiée en février vient nourrir cet examen, sans pour autant ouvrir le marché du jour au lendemain.

Ce que cela change pour la filière française

En France, le contexte rend cette annonce particulièrement sensible. Les produits comestibles à base de CBD, comme les huiles destinées à être ingérées, les gélules ou certaines infusions, se trouvent déjà dans une position juridique fragile après les décisions administratives de 2026 et l'examen en cours devant le Conseil d'État. Le seuil européen pourrait, à terme, servir de référence pour le dosage et l'étiquetage des futurs produits autorisés, et il renforce l'idée qu'un produit ingéré doit passer par la case Novel Food. Pour les boutiques, le message pratique est double. D'un côté, il convient de rester prudent sur les allégations et sur les conseils de dosage, qui relèvent d'un terrain réglementaire mouvant. De l'autre, il faut rappeler que ce débat concerne les produits ingérés : les fleurs, les résines, les cosmétiques ou les e-liquides ne relèvent pas de la réglementation des nouveaux aliments et suivent leurs propres règles. Miser sur ces catégories mieux sécurisées et sur la transparence des analyses reste une stratégie raisonnable en attendant une clarification. C'est aussi l'occasion, pour les commerçants, d'expliquer à leur clientèle la différence entre un produit ingéré et un produit qui ne l'est pas, un point de confusion fréquent au comptoir.

À noter — Le CBD n'est pas un médicament. Cet article est purement informatif et ne constitue pas un avis médical.

Conclusion

Avec cette dose sûre provisoire, l'Europe dispose pour la première fois d'un repère chiffré sur le cannabidiol dans l'alimentation. C'est une avancée scientifique réelle, mais elle doit être lue pour ce qu'elle est : une brique dans une procédure longue, et non une autorisation de vente. Pour la filière française, déjà suspendue à la décision du Conseil d'État sur les comestibles, l'avis de l'EFSA confirme que l'avenir du CBD alimentaire se jouera à l'échelle européenne autant que nationale. Les professionnels ont tout intérêt à suivre de près l'évolution des dossiers Novel Food, à documenter la qualité de leurs produits et à ajuster leur discours commercial à un cadre encore mouvant.

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