CBD alimentaire : le Conseil d'État rejette le référé, verdict à l'automne
- Frenchy Merlin

- 6 août
- 4 min de lecture

Le feuilleton judiciaire du CBD alimentaire a connu un épisode décisif au cœur de l'été. Le 10 juillet 2026, le juge des référés du Conseil d'État a refusé de suspendre en urgence le plan de contrôle de la DGAL, qui a retiré du marché français les denrées au cannabidiol depuis le 15 mai. Contrairement à ce que certains titres ont laissé entendre, cette décision ne valide pas l'interdiction : le juge ne s'est tout simplement pas prononcé sur sa légalité. Le vrai rendez-vous est fixé à l'automne, lorsque la haute juridiction examinera le recours au fond. Voici ce que dit exactement la décision, ce qu'elle change concrètement pour les boutiques et les scénarios possibles pour la fin de l'année.
Un référé rejeté pour défaut d'urgence, pas sur le fond
Retour sur la procédure. Le 10 juin 2026, l'Union des professionnels du CBD (UPCBD) et l'Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC) ont saisi le Conseil d'État contre le plan de contrôle 2026 de la Direction générale de l'alimentation, celui-là même qui a provoqué le retrait des huiles, gélules, infusions et autres comestibles au CBD. Les deux organisations demandaient deux choses : une suspension immédiate du dispositif, par la voie du référé-suspension, et son annulation définitive au fond.
Pour obtenir une suspension en urgence, la loi impose de réunir deux conditions cumulatives : un doute sérieux sur la légalité de la mesure et une urgence grave et immédiate. C'est sur ce second critère que la demande a échoué. Dans sa décision n° 516668, le juge des référés a estimé que le plan de contrôle bloquait surtout la délivrance de nouvelles attestations de déclaration, sans entraîner par lui-même de saisie ou de destruction automatique des stocks existants. Il a également relevé que la décision définitive interviendrait dans un délai rapproché, ce qui affaiblissait l'argument de l'urgence.
Le point essentiel à retenir : le Conseil d'État n'a pas jugé l'interdiction légale. Il a seulement refusé de la geler à titre conservatoire, sans examiner le fond du dossier.
Ce que la décision change, et ne change pas, en boutique
Concrètement, le rejet du référé fige la situation née du 15 mai 2026. Les produits au CBD destinés à l'ingestion restent retirés de la vente en France : huiles sublinguales, gélules, infusions, bonbons et boissons demeurent interdits de commercialisation, et les stocks constitués avant le retrait restent invendables sur le territoire national. Pour de nombreux commerces, cette immobilisation pèse directement sur la trésorerie, d'autant que la déclaration de nouveaux compléments alimentaires sur la plateforme Compl'Alim reste bloquée, alors que près de 800 références y avaient obtenu une attestation avant le revirement, selon les organisations professionnelles.
En revanche, rien ne change pour le reste de l'offre. Les fleurs et résines de chanvre titrant au maximum 0,3 % de THC restent pleinement légales, protégées par la jurisprudence du Conseil d'État de décembre 2022. Les cosmétiques au CBD, les e-liquides et les produits pour le bien-être non ingérés poursuivent leur activité normalement. Un même magasin peut donc détenir à la fois des marchandises autorisées et des marchandises prohibées : une coexistence qui impose de la rigueur dans la gestion des rayons, l'étiquetage et l'inventaire, et qui invite à vérifier les clauses de ses contrats d'assurance concernant les stocks.
Les arguments que la filière portera à l'automne
Le rejet du référé n'épuise pas le débat juridique, bien au contraire. Devant le juge du fond, les syndicats entendent démontrer l'illégalité du plan de contrôle avec plusieurs arguments de poids. Le premier relève du droit européen : une interdiction nationale générale des denrées au CBD constituerait une entrave à la libre circulation des marchandises, alors que le cannabidiol est extrait de variétés de chanvre autorisées par la politique agricole commune. Le second tient à la proportionnalité : interdire toutes les denrées, sans distinction de dosage ni de type d'extrait, serait une mesure manifestement excessive au regard de l'objectif sanitaire invoqué.
Les organisations professionnelles soulignent aussi le décalage avec d'autres marchés : le Royaume-Uni a établi une liste positive de plusieurs milliers de produits alimentaires au CBD, les Pays-Bas les tolèrent de longue date et les autorités canadiennes considèrent le cannabidiol comme sûr en complément alimentaire jusqu'à 200 mg par jour. L'enjeu économique est loin d'être anecdotique : environ 2 000 producteurs de chanvre, plus d'un millier de boutiques spécialisées et de nombreuses pharmacies sont concernés par le sort du segment des comestibles.
Face à eux, l'administration s'appuie sur le règlement européen Novel Food, qui soumet les nouveaux aliments à une autorisation préalable, et sur la position de l'EFSA, l'autorité européenne de sécurité des aliments, selon laquelle la sécurité du CBD ingéré ne peut pas être établie en l'état des données scientifiques disponibles.
Un automne décisif : les scénarios possibles
La décision au fond, attendue à l'automne 2026, tranchera point par point la légalité de la doctrine administrative. Deux issues principales se dessinent. Si le Conseil d'État annule le plan de contrôle, le marché des denrées au CBD pourrait rouvrir, au moins le temps qu'un nouveau cadre soit défini. S'il le valide, la fermeture du segment serait durablement confirmée, et le salut de la filière passerait alors par la voie européenne : l'aboutissement des dossiers d'autorisation Novel Food, suspendu à la finalisation des données toxicologiques examinées par l'EFSA.
Dans l'intervalle, les professionnels ont tout intérêt à documenter précisément leurs stocks de comestibles, à conserver les attestations obtenues via Compl'Alim et à suivre les communications des syndicats de la filière, qui coordonnent la stratégie contentieuse. Les consommateurs, eux, doivent savoir que les produits ingérables encore proposés à la vente en ligne depuis l'étranger échappent aux contrôles français, avec les incertitudes de qualité que cela comporte.
À noter — Le CBD n'est pas un médicament. Cet article est purement informatif et ne constitue pas un avis médical.
Conclusion
Le rejet du référé du 10 juillet 2026 est un revers procédural pour la filière, pas une défaite sur le fond. L'interdiction des denrées au CBD reste en vigueur, mais sa légalité n'a toujours pas été jugée : tout se jouera à l'automne devant le Conseil d'État, avec en toile de fond la question européenne du statut Novel Food du cannabidiol.
Pour les boutiques comme pour les consommateurs, l'essentiel de l'offre reste stable : fleurs, résines, cosmétiques et e-liquides demeurent parfaitement légaux. Le blog Cannova suivra de près la décision au fond et ses conséquences concrètes pour le marché français.


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